Lettre d’Eric Muller, de la Newsletter Neonutrition
Remède contre la dépression découvert il y a 2500 ans
Hippocrate, médecin de la Grèce antique, connaissait déjà une plante
aux fleurs jaunes d’apparence banale… mais redoutable pour soigner la
mélancolie : Il s’agit du millepertuis.
Par la suite, à toutes les époques (Rome, Moyen Âge, Renaissance,
etc.), le millepertuis était prescrit par les plus grands médecins :
Pline, Galien, Paracelse [3].
Il servait surtout à chasser « les mauvais esprits »… en langage
moderne, la dépression. Mais il avait beaucoup d’autres usages médicaux.
Nous en parlerons plus loin.
Au XIXe siècle encore, le millepertuis appartenait à la pharmacopée
française. Puis il tomba dans l’oubli à l’avènement de la médecine
chimique.
Médicament star en Allemagne
C’est en 1984, en Allemagne, que le millepertuis fit son grand retour.
L’agence sanitaire allemande, la « Commission E » l’ajouta à la
liste des traitements des troubles psychosomatiques, des états
dépressifs, de l’anxiété et de l’agitation nerveuse.
Le millepertuis s’est donc vu attribuer la même place que les antidépresseurs chimiques.
Aujourd’hui, les médecins allemands n’hésitent pas à prescrire du millepertuis.
Quel est le principe actif du millepertuis ?

Pour vous expliquer, je laisse la parole à Annie Casamayou, rédactrice pour la revue Alternatif Bien-Être :
« Malgré les recherches, tout n’est pas encore élucidé sur le mode d’action du millepertuis.
Il est fort probable que l’ensemble des constituants de la plante
participe à son activité thérapeutique, alors que l’on a longtemps
considéré un de ses pigments, l’hypéricine, comme étant le principe
actif essentiel.
Mais on sait aujourd’hui que son activité est trop faible ; il semble que l’hyperforine, associée à l’adhyperforine [4], soient les molécules à l’origine du rééquilibrage de la chimie du cerveau [5] [6].
Le sentiment d’échec, le découragement, la fatigue psychique,
l’anxiété et les troubles de l’humeur sont intimement liés à des
altérations de la transmission des informations opérée d’un neurone à
l’autre par les neurotransmetteurs.
Or, le mécanisme d’action du millepertuis ressemble à
celui de la plupart des antidépresseurs chimiques : il optimise la
production et la circulation des neurotransmetteurs [7] (sérotonine [8], dopamine [9], noradrénaline [10] [11], mais aussi GABA et glutamate).
Il agit à un double niveau, en bloquant aussi bien leur
destruction que leur recapture, ce qui a pour résultat d’augmenter leur
présence dans les synapses du cerveau et de faciliter les connexions
neuronales [12].
Il s’agit, comme les médicaments, d’un traitement
symptomatique : on ne guérit pas la cause de la dépression mais on
permet à l’organisme d’affronter plus sereinement cette période
difficile [13]. »
Que disent les études ?
En 1996, une vaste méta-analyse a été réalisée par une équipe
allemande. En étudiant plus de 1 700 patients, les chercheurs ont conclu
que le millepertuis avait une action comparable aux antidépresseurs
chimiques sur les troubles dépressifs [14].
C’est donc en 1996 que le monde a recommencé à s’intéresser au millepertuis.
De nombreuses études sur des milliers de patients ont
confirmé que le millepertuis était aussi efficace voire plus efficace
que les antidépresseurs standards pour traiter les dépressions légères à
modérées [15].
Dans une étude sur 12 mois, 440 participants souffrant de dépression
légère à modérée ont reçu 500 mg par jour d’extrait de millepertuis. Les
résultats ont montré que le millepertuis permettait de diminuer les
symptômes de la dépression… et qu’il serait également efficace pour
prévenir une rechute [16].
En 2008, le Groupe Cochrane a recensé les 29 meilleurs essais
cliniques sur le millepertuis pour les cas de dépressions sévères. Leur
synthèse a révélé que :
- Le millepertuis est plus efficace que les placebos
- Le millepertuis est aussi efficace que les antidépresseurs chimiques [17]
- Le millepertuis implique moins d’effets secondaires que les antidépresseurs standard.
En plus d’être efficace sur les symptômes de la dépression, le
millepertuis est plutôt bien toléré. Lors d’une étude menée sur environ
1500 personnes, aucun effet secondaire sérieux n’a été répertorié [18].
Le millepertuis améliore donc considérablement la qualité de vie des patients sous traitement contre la dépression.
En 2000, la France veut interdire le millepertuis !?
Malgré l’intérêt grandissant en Allemagne, et en France, chez les
patients lassés des effets secondaires des antidépresseurs chimiques…
Malgré même les essais cliniques concluants … Le millepertuis n’est toujours pas reconnu officiellement en France.
Pire même, le 1er mars 2000, l’AFSSAPS, l’Agence française du
médicament, publie un communiqué mettant en garde contre l’utilisation
du millepertuis [19].
L’AFSSAPS réfléchit même à interdire complètement la vente de millepertuis en France. Puis, en 2002, elle se ravise et publie une Autorisation de Mise sur le Marché pour le millepertuis.
Il aura donc fallu 2 400 ans avant que le millepertuis soit enfin reconnu par les autorités sanitaires françaises.
Mais la bataille n’est pas terminée. Après 2002, il faut le temps que
les produits arrivent sur le marché. C’est seulement en 2009 que le
millepertuis débarque en pharmacie. Et surtout… il faut informer les
médecins que le millepertuis est un traitement agréé, aussi légitime que les autres. Et même plus valable que les antidépresseurs chimiques, puisque le millepertuis est naturel et que ses effets secondaires sont bien moins nombreux.
Or ce n’est pas gagné… En 2009, le Centre régional de
pharmacovigilance et d’information sur les médicaments du CHU de
Clermont-Ferrand publie une note à destination des médecins.
La conclusion est la suivante :
- Le millepertuis est fortement déconseillé pour les
dépressions majeures, car disent-ils, son efficacité n’a pas été
démontrée (sic) [20].
- Pour les dépressions mineures, les médecins devraient cesser de prescrire du millepertuis.
Parce que « la balance bénéfice/risque du millepertuis n’est pas plus favorable que celle des médicaments antidépresseurs ».
Autrement dit, à choisir entre un médicament naturel et un médicament chimique pour des effets identiques, ils recommandent le produit chimique !?
Leur posture est incompréhensible… Ils pourraient par exemple
comparer les prix des 2 traitements s’ils les considèrent équivalents
par ailleurs. Ce serait une démarche un peu plus honnête.
Pourquoi tant de haine contre le millepertuis ?
D’abord parce qu’on a cru que son principe actif était l’hypéricine.
Aujourd’hui encore, les chercheurs ne sont pas certains d’avoir identifié tous les principes actifs du millepertuis.
Ensuite parce que le millepertuis est comme tout : il ne marche pas à 100 %.
Il existe des personnes sur lesquelles il est inefficace. Cela paraît
évident, mais c’est seulement en 2004 que des chercheurs américains ont
mis en évidence ce phénomène [21].
Car ce phénomène s’observe dans les études. Certains résultats sont
inégaux. C’est pourquoi beaucoup ont cru que le millepertuis était
globalement inefficace.
Voici ce qu’il faut retenir :
Au pire, le millepertuis sera inefficace pour vous (mais pas nocif).
Au mieux, il sera plus efficace que les
antidépresseurs « atomiques » – ceux que l’on n’ose même plus prescrire à
cause de leurs effets secondaires mortels…
Donc le millerpertuis vaut toujours la peine d’être essayé.
Quand prendre du millepertuis ?
- À la place des antidépresseurs tricycliques et des inhibiteurs de la recapture de la sérotonine (IRs) :
fluoxétine (Prozac), fluvoxamine (Floxyfral), paroxétine (Déroxat,
Divarius), citalopram (Séropram), escitalopram (Séroplex), sertraline
(Zoloft), amitriptyline (Laroxyl, Elavil), amoxapine (Défanyl),
clomipramine (Anafranil, Clomipramine Merck), chlorhydrate de dosulépine
(Prothiaden), doxépine (Quitaxon), maprotiline (Ludiomil), opipramol
(Insidon).
- En cas de dépression saisonnière.
- En cas de dépression juvénile (entre 10 et 35 ans).
- Pour contrer la dépression, améliorer l’humeur et le sommeil chez les personnes âgées. Il est comparable à la fluoxétine (Prozac).
- En cas de dépressions sévères. Son efficacité est comparable à l’imipramine (Tofranil, Surmontil, Kinupril).
- Pour traiter les symptômes de la fatigue, de l’inactivité et de l’insomnie [22].
Voici ce que vous devez dire à votre médecin
En consultation, si votre médecin ne connaît pas le millepertuis, demandez-lui de chercher « Mildac » dans son Vidal. C’est le nom du produit le plus vendu en pharmacie.
Si au bout de 3 semaines vous ne voyez aucun effet, il est alors raisonnable d’envisager un traitement chimique.
Précautions importantes
Le millepertuis contient des principes actifs puissants. Il exige des précautions d’utilisation.
Gardez en tête que les effets secondaires des antidépresseurs
chimiques sur ordonnance sont bien plus graves. Le millepertuis, lui,
reste accessible en vente libre. Vous pouvez donc l’utiliser en toute
sécurité.
Soleil
On entend souvent que le millepertuis est dangereux car il rend la peau plus sensible au soleil. C’est largement exagéré.
Lors d’une étude clinique, même en prenant 600 mg par jour, une dose
conséquente, les sujets continuaient à bien supporter le soleil [23].
Simplement, les personnes ayant une peau très claire doivent mieux se protéger du soleil lors d’un traitement au millepertuis.
Ne pas cumuler les antidépresseurs
Ne prenez pas de millepertuis si vous êtes déjà sous antidépresseurs
chimiques. Le millepertuis doit être pris seul, comme un traitement à
part entière.
Interactions possibles
Le millepertuis peut interagir avec certaines classes de médicaments :
- Contraceptifs oraux
- Anticoagulants
- Antirétroviraux (par exemple pour le VIH)
- Antiépileptiques
- Thymorégulateurs
- Anticancéreux
- Médicaments antirejet de greffe.
Si vous prenez l’un de ces traitements et que vous êtes intéressé par le millepertuis, demandez l’avis de votre médecin.
Les femmes enceintes et les enfants de moins de 6 ans devraient consulter un médecin avant de prendre du millepertuis.
Cure de traitement et sevrage
Les effets du millepertuis se font sentir de façon graduelle après
10 jours de traitement. La durée du traitement est de 30 jours au
minimum. Certaines personnes ayant arrêté le millepertuis brutalement
ont ressenti un manque.
Pour éviter ce désagrément, il est donc conseillé de réduire petit à petit les doses de millepertuis… avant d’arrêter.
Autre utilisation du millepertuis
Arthrose : L’huile « rouge » de millepertuis appliquée sur la peau est réputée pour soulager les douleurs articulaires [24].
L’huile « rouge » de millepertuis s’achète en magasin bio.
On peut aussi la produire soi-même. Voici la recette :
Récoltez un grand bol de fleurs jaunes de millepertuis pendant une
journée ensoleillée autour de la Saint-Jean, le 24 juin – solstice
d’été. C’est la date à laquelle il fleurit, ce qui lui vaut son petit
nom : « Herbe de la Saint-Jean ».
Sans attendre, empilez délicatement les fleurs de millepertuis dans un
bocal stérile en verre transparent et équipé d’un bouchon bien
hermétique.
Confectionnez un mélange d’huiles de tournesol, de jojoba (20 %) et de
noisette (20 %) [25]. Remplissez le bocal avec ce mélange d’huiles
jusqu’à couvrir les fleurs.
Fermez le bocal, puis déposez-le au soleil (ou près d’une source de
chaleur) pendant 3 semaines. Secouez régulièrement pendant ce processus
de macération.
Vous verrez que l’huile prendra une couleur rouge-brun.
C’est le moment de la filtrer à travers un linge propre. Essorez les
fleurs retenues dans le linge pour récupérer toute la lie. Conservez
l’huile « rouge » de millepertuis obtenue dans une bouteille en verre
sombre.
Sciatiques et troubles nerveux : Pour soulager une
sciatique, appliquez de l’huile « rouge » de millepertuis à l’endroit de
la douleur, puis massez [26]. Pour les troubles nerveux, optez pour la
voie orale.
Migraines : Le millepertuis est réputé pour soigner les maux de tête [27].
Blessures, brûlures, infections : Traditionnellement, le millepertuis en pommade était utilisé sur la peau pour apaiser les brûlures, blessures et infections.
Ménopause : Le millepertuis a montré son efficacité pour atténuer les symptômes de la ménopause [28].
Fibromyalgie : La fibromyalgie est une douleur
musculaire continue. Elle s’accompagne d’une fatigue permanente et d’un
mauvais sommeil. Elle touche surtout les femmes.
Lors d’une étude clinique, 79 sujets atteints de fibromyalgie ont
reçu soit du millepertuis, soit de l’amitriptyline (un antidépresseur
tricyclique).
Après 12 semaines, tous les sujets ont rapporté une diminution semblable de la sensation de douleur [29].
Quelle forme de millepertuis consommer ?
Traditionnellement, on boit une infusion 4 g de millepertuis par jour.
Cependant, la teneur en principes actifs de l’infusion reste aléatoire. Et donc son efficacité n’est pas constante.
Pour plus de certitude, préférez les extraits standardisés à teneur garantie en molécules actives.
Où trouver des extraits standardisés de millepertuis ?
Le millepertuis se trouve en pharmacie – demandez du Mildac 300 mg.
Sources :
[1] Site Hepmag.com, Poll : 75 % of Primary Care Docs Unaware of New Hep C Meds, 25 juin 2014
[2] Site lefigaro.fr, 215.865 médecins en activité en France, 4 juin 2013
[3] 215.865 médecins en activité en France
[3] Annie Casamayou, Dépression : le traitement efficace négligé par les médecins, Alternatif Bien-Être, n°101, février 2015.
[4] Tian J, et al. Antidepressant-like activity of adhyperforin, a novel constituent of Hypericum perforatum L. sci Rep. (2014)
[5] Greeson JM, sanford B, Monti DA. st. John’s wort (Hypericum
perforatum): a review of the current pharmacological, toxicological, and
clinical literature. Psychopharmacology (Berl). 2001 feb;153(4):402-14.
[6] Zanoli P. Role of hyperforin in the pharmacological activities of st. John’s Wort. CNs Drug Rev. 2004 fall;10(3):203-18.
[7] Müller We, et al. Hyperforin represents the neurotransmitter
reuptake inhibiting constituent of hypericum extract.
Pharmacopsychiatry. (1998)
[8] Gobbi M, et al. Hypericum perforatum L. extract does not inhibit
5-HT transporter in rat brain cortex. Naunyn schmiedebergs Arch
Pharmacol. (1999)
[9] Yoshitake , et al. Hypericum perforatum L (st John’s wort)
preferentially increases extracellular dopamine levels in the rat
prefrontal cortex. Br J Pharmacol. (2004)
[10] Jakobs D, et al. Downregulation of β1 -adrenergic receptors in rat
C6 glioblastoma cells by hyperforin and hyperoside from st John’s wort. J
Pharm Pharmacol. (2013)
[11] Prenner L, et al. Reduction of high-affinity beta2-adrenergic
receptor binding by hyperforin and hyperoside on rat C6 glioblastoma
cells measured by fluorescence correlation spectroscopy. Biochemistry.
(2007)
[12] Singer A, Wonnemann M, Müller We. Hyperforin, a major
antidepressant constituent of st. John’s Wort, inhibits serotonin uptake
by elevating free intracellular Na+1. J Pharmacol exp Ther. (1999)
[13] Annie Casamayou, Dépression : le traitement efficace négligé par les médecins, Alternatif Bien-Être, n°101, février 2015.
[14] Linde K, et al., St John’s wort for depression – an overview and
meta-analysis of randomised clinical trials, BMJ, 1996 Août
3;313(7052):253-8.
[15] Kim HL, streltzer J, Goebert D, St. John’s wort for depression: a
meta-analysis of well-defined clinical trials, J Nerv Ment Dis. 1999
sept; 187(9):532-8.
[16] Brattström A, Long-term effects of St. John’s wort (Hypericum
perforatum) treatment: a 1-year safety study in mild to moderate
depression. Phytomedicine. 2009 Apr;16(4):277-83. doi:
10.1016/j.phymed.2008.12.023. Epub 2009 Mar 18.
[17] Linde K, Berner MM, Kriston L, St John’s wort for major depression,
Cochrane Database syst Rev. 2008 oct 8;(4):CD000448. doi:
10.1002/14651858.CD000448.pub3.
[18] Melzer J, et al., A hypericum extract in the treatment of
depressive symptoms in outpatients: an open study. Forsch Komplementmed.
2010 Mar;17(1):7-14. doi: 10.1159/000277628. Epub 2010 Feb 4.
[19] TPE millepertuis
[20] Retrait européen du dextropropoxyphène : une mesure adaptée à la France ?
[21] Goodnick PJ, et al., The effectiveness of st. John’s Wort in major
depressive disorder: a naturalistic phase 2 follow-up in which
nonresponders were provided alternate medication. J Clin Psychiatry.
2004 Aug;65(8):1114-9.
[22] Annie Casamayou, Dépression : le traitement efficace négligé par les médecins, Alternatif Bien-Être, n°101, février 2015.
[23] Brockmöller J, et al., Hypericin and pseudohypericin :
pharmacokinetics and effects on photosensitivity in humans.
PharmacopsychiStry. 1997 sep; 30 suppl 2: 94-101.
[24] Didier Le Bail, Douleurs arthrosiques : les solutions Aroma, Alternatif Bien-Être, n°85
[25] Claudine Luu, Huiles de fleurs solarisées : une préparation beauté, Plantes & Bien-Être, n°8
[26] Nicolas Wirth, Courrier des lecteurs, Plantes & Bien-Être, n°8
[27] Annie Casamayou, Dépression : le traitement efficace négligé par les médecins, Alternatif Bien-Être, n°101, février 2015.
[28] Thierry Souccar, Bien vivre sa ménopause, Dossier de Santé & Nutrition, n°24, septembre 2013
[29] Thierry Souccar, Fibromyalgie : Les solutions naturelles, Dossier de Santé & Nutrition, n°7, avril 2012 |